Mes romans Caroline Bordczyk

4 mai 2021

Mai 2013

Classé dans : Ecrits divers et diffus — eructeuse @ 5 h 29 min

MAI

 

LE PASSEUR D’ETINCELLES

 

Dans sa prison d’amertume, le petit passeur d’étincelles, comme il aimait se nommer, avait posé sa pelle contre le mur de la cellule. Il s’assit du bout des fesses sur sa chaise métallique, ce qui le glaça de plus belle. Unique et brillante dans l’antre de la pièce, elle trônait royale au centre du vide de sa chambre. Le lit avait disparu, il était donc l’heure de faire sa valise.

Un nuage de sanglots chatouilla ses paupières, il serra les dents, mais l’émotion éclot en un long et silencieux fleuve, le long de son visage drapé de majestueux sillons labourés par un âge perdu dans le temps d’une vie au service du règne de l’accoutumance.

Voilà il avait déposé sa dernière pelletée, enrobée de poussière d’étoiles comme il aimait à se la raconter, qu’il ramassait depuis tant de lustres qu’il en avait oublié l’âge de son âge…

Dans sa poche de pantalon, il toucha, caressa un vieil écusson qui lui rappelait qu’un jour il était allé à l’école.

Une sirène retentit dans le bâtiment, une voix s’éleva « Objet interdit objet interdit, numéro 36772, veuillez déposer cet objet dans la fosse à rejet ». Mais le passeur n’écoutait pas, il essuya ses larmes avec son écusson, une odeur le renvoya à côté de sa maman l’encourageant à finir son devoir, sa main sur son bras, douce, chaude, aimante.

Il monta du fond de lui, une éruption de souvenirs. Il sentit la bonne odeur de cuisine qui remplissait la salle de vie de toute la famille. Il vit Lisette jouer avec le chat, Cécile filer la laine, mamie Rosa ramener du charbon et sa maman goûter le sauté de mouton…

Il ne se vit pas glisser sur le sol, ne vit pas les gardes l’emmener pour sa cellule de retraite, jouxtant les cellules des extraillants.

Il continua son voyage avec sa maman. Ils eurent beau le secouer, le surmener, le menacer, le petit passeur était resté dans son passé qu’on n’avait pas pu lui voler.

« Encore un qui est fini, nettoyez-moi cette pièce », hurla le surveillant …

Ils ne le conduisirent pas vers sa retraite, mais vers un traitement qu’on réserve habituellement au chien écrasé…sans prendre le temps de lui ôter toute la poussière de charbon qui le couvrait de la tête aux poumons qui obstruait tant sa respiration.

Jeté comme un carton usagé dans la grande cheminée, objet qu’ils croyaient déshumanisé, pour mieux exploiter en toute tranquillité les dernières ressources naturelles de la planète… mais les exploitants, les exploiteurs n’avaient jamais pu éteindre l’étincelle d’amour en son cœur, demeurée.

 Le 5, veille du 6 !

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